La créativité , qu’est ce qui la bloque?

idees

La créativité est l’outil de notre cerveau qui nous permet de partir dans des sphères imaginaires, de fabriquer des images, de développer des idées, de sortir du monde réel pour aller dans le monde de la création et du rêve. Paradoxalement, elle peut aussi être un moyen d’acérer notre lucidité, de voir la réalité différemment, sous un autre angle.

La créativité se bloque

Or quelquefois, il arrive que la créativité se bloque. Il n’y a rien à faire, le cerveau ne réagit plus et c’est un gros, un énorme bug cérébral. En fait, nombre d’artistes (pour ne pas dire tous) connaissent cet état désespérant à un moment ou un autre de leur vie ou de leur carrière artistique. Alors ils se mettent à douter. ET C’EST NORMAL!

À quoi bon vouloir continuer à dessiner, peindre, écrire, composer, etc… je n’ai plus d’idées. Et d’ailleurs, ai-je seulement vraiment du talent? À quoi bon me torturer l’esprit si rien de bon ne sort de cette situation…? C’est le trou noir, la déprime totale… Et vlan, c’est là que les atteignants s’atteignirent…on s’arrête de créer.

Mais non, POURQUOI! POURQUOI? Eh bien voilà. Ce qui bloque la créativité, c’est cette méchante petite voix intérieure qui intervient dans nos pensées et veut nous convaincre du fait que nous n’avons pas assez de talent pour être artistes. Elle revient encore et encore, lancinante, énervante et nous poursuit de ses critiques. Il faut absolument arrêter de l’écouter car elle ment. Le cerveau cherche toujours la facilité alors que la créativité est symbole de renouveau, donc, ça le fatigue!

À quoi bon, tu n’arriveras jamais à faire quelque chose de VRAIMENT bien, laisse tomber.  »

Et voilà, elle a gagné, tu es découragé et convaincu que c’est elle qui a raison. Grrrr…

Mais NON!!! Dis-toi bien, parce que c’est vrai, que ton cerveau te manipule et te ment en pensant que c’est pour ton bien.

Ton cerveau te ment

C’est ton cerveau qui te joue des tours. Oh, ce n’est pas par méchanceté, au contraire! Il cherche à te simplifier la vie au maximum en te faisant faire des choses connues, habituelles, car c’est son boulot. Certes, c’est tout à fait louable, mais il démolit ton élan. Certains parents font la même chose avec les meilleures intentions du monde, n’est-ce pas? Ne fais pas ci, c’est dangereux, na fais pas ça, tu es trop petit…Dis non à cette petite voix, ne l’écoute pas, impose-toi, et elle abandonnera.

Ose dire que tu es artiste

Être artiste!!! Oses tu dire que tu es artiste? Tu peins, tu dessines, tu crées, mais… »oh, ça n’est pas grand chose…c’est un passe temps…je barbouille un peu… »

Ça ne te rappelle rien? Tu n’oses tout simplement pas dire que tu es artiste. En fait, tu as très peur du jugement des autres. Tu ne veux pas paraître prétentieux. Tu es modeste, mais TROP modeste. Ce qui est une belle qualité dans la vie peut s’avérer dévastateur pour ton art.

Un de mes meilleurs professeurs m’avait dit un jour:

« Les artistes modestes sont des gommes pour eux-mêmes. Ils effacent verbalement  la beauté de leur travail avant même qu’il ait pu avoir la moindre chance d’être apprécié à sa juste valeur.  »

Le fait de dénigrer soi-même son propre travail prévient la douleur éventuelle d’une critique trop sévère et incite  ton public à être indulgent avec toi  et à te rassurer. Et si tu es honnête avec toi-même, c’est cela que tu veux!

Peins et laisse les autres parler

Ça ne veut pas dire que tu doives te complimenter toi-même ( du moins pas en public) ni vouloir convaincre tout le monde que tu es exceptionnel. Tu l’es,  et ça se verra. Mais donne une chance à ton public de juger par lui-même. Arrête de dénigrer tes oeuvres et accepte les compliments et les critiques constructives avec reconnaissance, dis merci. Arrête de te chercher des excuses lorsqu’une critique est négative.

On ne peut pas plaire à tout le monde, alors n’essaie même pas et peins pour toi. Si ce que tu fais te satisfait, cela plaira à d’autres aussi. Si tu ne sais pas parler en bien de ton travail, ne dis rien et laisse les autres le faire à ta place. Il y aura toujours des gens qui seront ravis de jouer ce rôle.

Comment un grand artiste restera sans doute pour toujours inconnu

Il y a quelques années, dans joli petit village du massif central, j’ai connu un artiste merveilleux. Comme il n’osait pas être « artiste », il était devenu prof d’art plastique dans une école.  Il m’a avoué avoir fait lui-même de la peinture autrefois, mais que celle-ci ne valait pas grand chose. Sa peinture était tellement insignifiante qu’il n‚avait  jamais montré ses tableaux à personne. Même sa femme ne connaissait pas tous ses travaux. Il n’avait plus touché de pinceau depuis plus de vingt ans. Sa créativité s’était bloquée comme une montre qui s’était arrêtée et il avait accepté cet état de fait comme un signe de « non talent ». Sa petite voix intérieure n‘avait de cesse de lui répéter que ce qu‘il faisait était sans intérêt artistique qu‘il avait fini par la croire. Mais pourquoi les avait ils gardé ces peintures  s‘il ne lui était pas tout de même resté l‘ombre d‘un doute?

Ce n’est qu’après avoir énormément insisté en lui promettant de ne pas me faire d’illusions sur la qualité de son travail qu’il a enfin accepté de me montrer ses oeuvres. Déjà, je savais que ce serait abstrait, il me l’avait dit, mais rien d’autre. Je m’attendais donc à avoir bientôt sous les yeux les gribouillages insignifiants dont il m’avait parlé.

L’art abstrait aussi a ses exigences

Or, il se trouve que je m’intéresse énormément à l’art abstrait que je ne considère en rien comme une forme mineure de la peinture, bien au contraire. C’est un art beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît. Beaucoup de débutants ont tendance à en faire trop ( ou pas assez) lorsqu’ils se lancent dans cette forme d’expression. Par conséquent, cela donne souvent des images beaucoup trop chargées et déséquilibrées ou vides et tristes. Elles sont soit ternes et ennuyeuses avec de surcroît, un mélange  inapproprié des couleurs, soit carnavalesques par l’accumulation de trop de coloris partant dans tous les sens. Les maladresses du peintre débutant sont comparables à celle du débutant cuisinier qui ne sait pas encore harmoniser les épices et les saveurs. Mais la bonne nouvelle est que tout s’apprend.

Il m’a donc précédé dans une petite chambre ne servant que très rarement en haut de sa drôle de maison, quand celles du bas étaient toutes occupées.

Les images oubliées

Bien cachés derrière le lit et sous le matelas se trouvaient des paquets de feuilles  de format  d’environs 40X 50 cm enveloppées dans des  emballages en plastique. Elles étaient là depuis une éternité, me confia t’il. Il me les passa en me donnant l’autorisation de les regarder, me disant de redescendre quand j’aurai fini… et il disparut dans l’escalier. Sa modestie me touchait et j’étais bien prête à être très indulgente avec lui.

La première image que je vis me coupa le souffle. Les couleurs étaient franches, pures et nettes, l’équilibre parfait, le trait puissant. C’était celle du dessus, les médiocres étaient sans doute dessous…

Au fur et à mesure que j’étalais ces travaux sur le sol, ma stupéfaction et mon admiration grandissait. Celui qui se disait un barbouilleur était bel et bien un artiste accompli et ses peintures étaient des merveilles. Quelqu’un n’étant pas passionné, comme moi, par la peinture aurait sans doute voulu croire ce qu’il avait dit et aurait pu être  influencé par le discours qu’il avait tenu, comme quoi ce n’étaient que des barbouillages sans intérêt. on auraient peut-être dit à ce grand monsieur de la peinture, que ce qu’il avait fait « n’était pas si mal que ça, si si, vraiment ».  Dans son for intérieur, le peintre aurait été frustré, parce que je suis absolument certaine que lui, savait que ce qu’il faisait était fort. Et pourtant, sa créativité s’était bloquée un jour et il avait  cru qu‘il ne pourrait plus jamais peindre.

Lorsque je suis redescendue, j’ai essayé de le convaincre d’exposer ses travaux. Il y en avait plus qu’assez pour une belle expo, puisque j’en avais compté une cinquantaine.

Il n’osait pas se dire artiste

Le joli petit village dans lequel il vivait regorge de boutiques auto-proclamées « galeries » où  de nombreux artistes encore médiocres exposaient des oeuvres qui n’étaient  pas arrivées à maturité ( erreur à mon avis) et n’avaient pas encore atteint le dixième de la qualité de celles que je venais de découvrir.

André se trouvait trop vieux et n’a pas voulu en entendre parler, mais dans ses yeux, j’ai vu une lueur briller, la lueur provoquée par mon admiration sincère et sans flatterie. Il venait d’avoir son heure de reconnaissance et de gloire en tant qu’artiste véritable.

Deux ans plus tard, il est décédé et son épouse aussi. Je ne sais pas ce qu’il est advenu de toutes ces merveilles. J’espère juste sincèrement qu’elles sont tombées en de bonnes mains.

Ne crains pas les comparaisons

Tu  as peur qu’on te compare à tous ces peintres accomplis auprès desquels tu te trouves si pâle. Et il est là, ton problème. C’est cela aussi qui bloque ta créativité. C’est ce qu’on appelle le syndrome de l’imposteur.

« Non, je ne suis pas assez bon pour me dire artiste. Mes oeuvres ne valent pas celles de  Machinchose. »

Il ne faut pas se comparer, mais il faut avancer sur son propre chemin. L’art n’est pas une compétition. Tu es unique. Tu n’es pas forcément meilleur ou plus mauvais, tu es toi!

C’est en peignant qu’on devient peintre

Être artiste, ça ne veut pas forcément dire être un génie né. Non, être artiste, ça veut dire avoir envie d’exprimer sa créativité par un moyen particulier et surtout LE FAIRE. Mais être artiste, ça veut aussi dire travailler pour progresser. Tous ces grands de la peinture n’ont pas fait que des chefs d’oeuvre, mais on ne nous montre pas les ratés du début. Bien sûr, on ne nous parle pas des essais interminables, des tâtonnements, de tous ces dessins froissés ou de ces toiles grattées et réutilisées, de ces désespoirs avant d’atteindre enfin le but espéré. On ne nous dit rien de ces périodes de trous noirs qu’ils ont eu, eux aussi , bien avant nous. Ça n’est pas bon pour l’image du génie d’avoir des doutes, des hésitations, n’est-ce pas? Le génie artistique, c’est de la volonté, du travail du temps et de la passion, rien d’autre.

Un artiste est un ouvrier de l’art

Un artiste est un spécialiste comme beaucoup d’autres, et comme tout spécialiste, il doit travailler dur et beaucoup pour devenir un expert dans son domaine.

Comme tous les mots finissant en » iste« , le mot « artiste » décrit une personne  faisant de l’art son métier, ou bien étant adepte de l’art, ou bien pratiquant l’art ou sa théorie. Rien dans le mot artiste n’implique un génie quelconque, mais une spécialisation, oui.

D’après Wiktionnaire:

ISTE: Suffixe substantif, servant à former un nom correspondant à un métier, ou à un adepte d’une activité, d’une idéologie, ou d’une théorie.

Tu pratiques une forme d’art régulièrement et avec grand intérêt, tu progresses au fur et à mesure de ton expérience et de ton travail? Tu es un artiste, voilà.

La technique s’apprend

Rares sont ceux qui ont la science infuse, comme on dit. Je ne suis même pas sûre du tout qu’ils existent. On a un intérêt, une sensibilité particulière on se sent attiré par cela. Un passionné s’adonne à sa passion, c’est logique. Il y passe le plus de temps possible. Or, plus on passe de temps à faire une activité quelle qu’elle soit, plus on a toutes les chances de devenir bon, très bon même dans ce domaine. C’est en forgeant qu’on devient forgeron, c’est en se spécialisant qu’on devient spécialiste, donc, c’est en peignant qu’on devient peintre, c’est aussi simple que ça.

C’est en peignant qu’on rencontre des difficultés, et c’est en peignant qu’on trouve la solution pour les surmonter. On se renseigne, on teste, on expérimente, on apprend de ses erreurs et…on avance d’un pas de géant! Quant à la créativité, il existe des astuces pour la faire renaître. Si tu n’y arrives pas. Je t’en reparlerai.

Comme dans tout art(isanat), il y a des bases et des techniques  spécifiques à la peinture. On peut les apprendre et les mettre en pratique. Il n’est pas nécessaire de réinventer la roue pour être peintre. On peut profiter de l’expérience des autres, des découvertes des anciens. C’est pareil pour tous les métiers, pour tous les hobbies, pour toutes les activités.

C’est le travail, la patience, la persévérance et la passion qui feront de toi l’artiste que tu as toujours voulu être, alors en avant, plus d’hésitation.

Vas tu cesser d’écouter cette voix qui bloque ta créativité? Vas tu dire à tous que tu es un(e) artiste?

lacis

Le glacis pour sublimer un tableau

  1. glacisLe glacis

Sublimer un tableau avec un glacis de surface? Qu’est ce que cela veut dire?

Vous venez de terminer un tableau. Il est sec si vous l’avez peint à l’acrylique. Si c’est de la peinture à l’huile que vous avez utilisée, il faudra attendre le séchage. C’est un peu l’inconvénient de cette merveilleuse technique. Elle a beaucoup plus de subtilité et de profondeur, fait vivre et vibrer les couleurs, mais demande un peu plus de patience.

Les couleurs à l’huile sont en effet bien plus brillantes et profondes, la texture infiniment plus riche et onctueuse que l’acrylique, mais les temps d’attente sont beaucoup plus longs.  On peut pallier cet inconvénient en peignant plusieurs tableaux simultanément ou en parallèle.  Ainsi, on peut « sauter » de l’un à l’autre selon l’humeur du moment. Ça  a aussi l’ avantage de permettre de prendre du recul vis à vis de son travail. On a la possibilité de découvrir des erreurs de formes, de composition ou de couleur. On peut alors rectifier le tir avant de glacer le tableau, ce qui n’ est pas mal.

La récompense de la patience

Car, ce qui semble être un  inconvénient se transforme vite en avantage. Il est plus facile de juger de ses erreurs lorsqu’on a laissé un travail de côté un certain temps, que lorsqu’on a le nez dessus du début la fin.  Il est bon de prendre un peu de distance. Ainsi, on a le temps de laisser mûrir le tableau et on peut le regarder avec des yeux neufs lorsqu’on le reprend.

Cependant, de plus en plus de peintres sont rebutés par la peinture à l’huile à cause de ces temps de séchage qui sont toujours relativement longs. Chacun fait comme bon lui semble. Je n‘ai pas à juger, et l‘acrylique à certainement des qualités que je ne lui ai pas encore découvertes. Pourtant, la qualité et la noblesse du travail son tellement plus grandes jà l’huile, je trouve.  Moi, je compare parfois la peinture à l’huile avec une bouteille de verre et l’acrylique avec une bouteille de plastique. La deuxième est infiniment plus pratique et légère, mais on aura beau en améliorer le design, elle n’aura jamais ni la beauté ni la noblesse, ni la profondeur du verre. C’est mon avis et ça n’engage que moi :).

Votre tableau vous plaît, donc, et  il vous semble terminé. Cependant, la satisfaction n’est pas à 100% .  On dirait qu’il manque comme un tout petit quelque chose, un petit souffle de vie. Il est encore un peu trop mat, ou les liaisons entre les plages de couleurs vous paraissent un peu brutales. Il est esthétique, certes, mais il ne vibre pas. Alors, vous allez faire quelque chose de merveilleux, un geste magique. Vous allez  faire ce que l’on appelle un glacis de surface.

Qu’est ce qu’un glacis et à quoi est ce que cela sert?

Le glacis est relativement peu utilisé par les peintres amateurs, et c’est un petit peu le secret d’atelier qu’on ne divulgue pas trop largement ( de crainte de voir ces soi-disant amateurs devenir aussi bons que certains professionnels?). C’est peut-être aussi parce qu’il demande un peu de maîtrise dans le mélange des couleurs? 

Cette méthode a beaucoup été beaucoup utilisée des anciens flamands. Elle est un peu passée de mode, même chez les professionnels . À l’ère du « toujours plus vite » on a peu à peu laissé tomber tout ce qui nuit à la rapidité d’exécution du travail. La peinture acrylique, malgré toutes ses indéniables qualités, a contribué à accélérer le processus et faire primer la vitesse au détriment de la qualité. Mais bon, je ne veux pas jouer les rabats joie et si vous aimez l’acrylique, c’est votre droit le plus strict.

Vous connaissez cette situation: quelqu’un près de vous,  a le regard fixé sur quelque chose, à la fois figé dans l’instant, inexpressif et comme loin, très loin. On dirait qu’il regarde quelque chose, mais sans voir. Pour le ramener à vous, vous lui soufflez un petit peu sur le visage ou vous passez doucement ta main devant ses yeux.

_ » tu es là? »

Et là, le visage prend vit, sourit, devient expressif et coloré. Le voile qui figeait l’expression  des yeux a disparu.

Le glacis, c’est comme ce souffle léger qui fait revivre  le regard. Dès qu’il est posé, le tableau semble habité d’une nouvelle vie. Ses structures les plus légères apparaissent et sont mises en valeur. Une impression optique de profondeur s’installe. C’est une sorte de réveil de la belle au bois dormant.

Un voile coloré transparent

Un glacis de surface est une couche de peinture très légère s’accordant à la teinte générale du tableau. Il peut se composer d’une ou de plusieurs couleurs si le tableau comprend des plages colorées de tonalités complètement différentes. C’est à dire que l’on peut faire plusieurs glacis différents sur des surfaces  différentes d’ un même tableau. Cependant, en général et de façon simplifiée, c’est plutôt une seule parce que le but est aussi d’unifier. Le glacis va sublimer la couleur  du tableau et lui donner une grande profondeur, un petit « plus » qui va réveiller toutes les couches qui le composent. Mais il va aussi apporter une unité, relier les éléments entre eux, rendre l’unité cohérente et perceptible. Il peut également se faire en plusieurs couches si on veut aller plus en transparence.

Le fond doit être sec

Avant de faire un glacis, il faut vraiment s’assurer que toutes les épaisseurs du tableau soient bien sèches. La base du glacis contenant du diluant (térébenthine), la couche du dessous pourrait se dissoudre et le résultat serait catastrophique (dans le cas de la peinture à l’huile). Si le fond est sec en surface, mais pas en profondeur, tu risques de te retrouver avec des endroits ridés, et non plus glacés. Cela peut créer un effet spécial et voulu si tu es dans le registre de l’abstrait, mais la plupart du temps, c’est vraiment plutôt moche. Le glacis est la couche finale du tableau. Il remplace souvent même le vernis.

Faire un glacis ne consiste pas en l’application d’une couche épaisse et opaque, mais en l’application d’une fine couche de pigments transparents dilués. Le médium est juste une aide pour les répartir uniformément. Cependant, le glacis donnera une légère brillance au résultat final.

Le matériel

Le pinceau doit être assez souple et d’assez bonne qualité pour ne surtout  pas perdre ses poils. Un pinceau synthétique à poils souples du style de ceux ci-dessous sera parfait. Ces brosses souples plates et carrées se vendent sous le nom de spalter dans une grande variété de marques.

Glacis
Pinceaux à glacis

Pour faire un beau glacis, il faut aussi respecter les proportions et choisir la bonne couleur. L’aspect de l’oeuvre terminé en dépend grandement. Un vilain glacis est pire que pas de glacis du tout.

Il est tout à fait possible, selon la loi du gras sur maigre, de faire un glacis à l’huile sur un tableau entièrement peint à l’acrylique. Mais Il existe aussi dans le commerce plusieurs médiums spécialement créés pour l’acrylique, vousn’aurez que l’embarras du choix.

Les médiums du commerce

Le glacis est un mélange de peinture transparente (très peu) d’huile de lin et d’essence de térébenthine. Pour débuter, tant que vous n’avez pas encore le feeling pour la consistance à obtenir, il vaut donc peut-être mieux utiliser un médium tout prêt appelé médium à glacis. Il en existe une grande variété, portant aussi parfois le nom anglais de glazing medium

glacis
médium à glacis

À ce médium, il suffit d’ajouter la couleur transparente choisie.

Ne pas se tromper de couleur

Il faut cependant être sûr que la couleur choisie complète bien celle du tableau pour obtenir le résultat escompté. Une couleur inappropriée peut détruire tout le charme de votre oeuvre. Pour confirmer votre choix, il serait bon de réaliser un essai en dehors de la toile si vous manquez encore un peu d’expérience en ce domaine. Pour cela, sur un carton blanc ou une feuille de papier dessin, peignez une surface  en acrylique dans les tonalités se rapprochant le plus possible de celle de votre tableau. Ensuite, recouvrez-la de glacis et voyez si la couleur vous convient.

Cependant, il peut arriver que vous vous  trompiez et que la couleur obtenue ne corresponde finalement absolument pas à ce qui avait été pensé au départ. Ce n’est pas un problème parce que la peinture du dessous est bien sèche. Il suffit donc d’essuyer la surface avec un chiffon sec et éventuellement, de finir de l’enlever avec un petit peu d’essence de térébenthine.

Pour savoir si une peinture est transparente, il suffit de regarder les symboles sur le tube. Ils se trouvent en général en haut du tube, juste en dessous du bouchon.

glacis
symboles de transparence

Le carré, lorsqu’il est plein, signifie que la peinture est opaque. Elle ne se prêtera pas très bien aux glacis. Si le carré est coupé en diagonale avec un côté plein et l’autre vide, la peinture sera semi-transparente ou semi- opaque. Dans certains cas, elle pourra être utilisée en glacis. Si le carré est vide, la peinture est donc transparente et tout à fait adaptée à l’utilisation en glacis.

Démonstration

Pour vous faire une petite démonstration, j’ai peint quelques surfaces de couleurs ne Formant  en fait pas une réelle harmonie. L’un des jaunes est trop pâle et n’a pas la même valeur de tonalité que les autres. Le bleu est trop « bleu » par rapport aux couleurs voisines. Le rouge n’est pas assez franc.

J’ai décidé d’unifier le tout avec un ton ocre. L’ocre va approcher le bleu du vert, intensifier le jaune trop pâle et donner au rouge une teinte plus chaude.

glacis
Pour faire le glacis ocre

Pour faire mon glacis ocre, j’ai utilisé du jaune sahara, du rouge vermillon et une pointe de bleu outremer (comme vous l‘avez vu dans l’article sur la couleur chair (clic), le mélange de ces trois couleurs donnant du marron).

glacis
le glacis ocre
glacis
avant glacis

Avant glacis, les couleurs sont séparées, n‘ont pas les mêmes  valeurs et se gênent entre elles.

lacis
après glacis

Une fois le glacis passé sur toute la surface, l‘ensemble s‘est unifié.

Malheureusement, la photo ne donne pas une idée si claire que ça du résultat, mais ce que l’on peut tout de même voir est qu’il y a un changement de valeurs. Le jaune de droite a gagné en intensité et ne choque plus par sa trop grande pâleur. Le rose s’est transformé en rouge orangé. Le bleu ayant pris une teinte tendant vers le vert s’accorde beaucoup mieux au rouge en s’approchant de la complémentarité. Le jaune le plus foncé n’a quasiment pas changé et est maintenant en parfaite harmonie avec toutes les autres couleurs. Les blancs restés entre les plages de couleur ont disparu pour donner une image plus „finie“

Le glacis étant une couche fine et parfois assez liquide, selon le médium utilisé, il convient de le faire sécher à plat, de préférence dans un endroit protégé de la poussière. Cela évitera de vilaines coulures.

Pour résumer

Par un glacis de surface, on peut donc unifier et éventuellement corriger des erreurs de valeurs ou de tonalités tout en ajoutant une belle unité et une sublimation des couleurs. C’est la touche finale du tableau, le souffle de vie.  Tentez l’expérience pour en découvrir la magie.

À bientôt pour un prochain article!

Ariane

 

 

 

 

Art abstrait

L’art abstrait, du grand n’importe quoi?

  L’art abstrait, c’est un monde à part. C’est un voyage intérieur, une part d’inconscient qui transparaît à travers une œuvre.  C’est une forme d’art qui soulève énormément de polémiques. Pour certains, l’art abstrait, c’est du grand n’importe quoi.  Pour d’autres, c’est la forme d’art la plus authentique et la plus importante du siècle dernier, qui continue à évoluer avec force et à s’imposer dans celui-ci.

Une partie des amateurs de peinture (pas les vrais connaisseurs, bien sûr ), considère que le fait de mettre le mot « art » devant abstrait tient du sacrilège.  En revanche, pour d’autres, la peinture abstraite est la plus pure expression de l’âme et de l’esprit. Il faut dire que sous couvert d’art abstrait, on nous sert trop souvent  d’infâmes tartines de gribouillages incohérents. Beaucoup trop de peintres amateurs, essaient de vendre leurs brouillons alors qu’ ils n’ont pas encore atteint leur maturité. C’est dommage.

Que des peintres amateurs se lancent dans l’abstrait, c’est formidable. Mais comme toute autre forme d’art, elle ne peut n’être considérée comme telle que si elle a atteint un niveau d’harmonie , d‘équilibre et de maturité certaine.   On ne peut pas cacher du médiocre, voire du mauvais sous le terme d’abstrait sans passer pour ridicule et prétentieux.

Au même titre que toute autre peinture, la peinture abstraite se travaille et celui qui a un peu d’ambition n’a surtout pas intérêt à mettre ses premiers essais picturaux à la vue du public.

Art abstrait
Paul Klee
Chemins

L’art abstrait a bien évidemment aussi ses critères de qualité

Or, faire de l’art  abstrait ne veut pas dire peindre n’importe quoi, n’importe comment et avec n’importe quels matériaux, loin de là. L’art abstrait a évidemment aussi ses règles esthétiques.  Ses critères de qualité sont aussi sévères que pour toute autre forme d’art qui se respecte.

On entend souvent cette phrase:

« Si tu ne sais pas peindre, tu n’as qu’à faire de l’art abstrait. »

Rien n’est moins juste et plus indignant que cette phrase là. Si tu ne sais pas peindre, tu feras n’importe quoi. Tu peinturlureras des surfaces avec des couleurs peut-être même plus ou moins agréables dans une composition plus ou moins chaotique, pour autant qu’il y en ait une ( de composition). Il n’y aura ni expression, ni cohésion. Ce sera abstrait, certes, mais ce ne sera pas de l’art.

La bonne nouvelle, c’est que si tu travailles et que tu arrives à mettre vraiment ton émotion et une partie de ton « toi intérieur » dans ta toile, si tu arrives à la faire vibrer, tu as gagné.

Certains pensent qu’il suffit de projeter de la peinture n’importe où sur une toile, de maltraiter les couleurs, d’écraser des pinceaux, d’éclabousser la toile n’importe comment pour obtenir une oeuvre abstraite.

Non! Si on fait n’importe quoi, on obtient n’importe quoi, c’est tout! Si on fait n’importe quoi, on se moque du monde, tout simplement.  Certains l’ont fait et sont tout de même devenus célèbres, me direz vous? Oui, mais ils ont des circonstances atténuantes.  Leur art résidait en fait dans l’enseignement d’une vue de l’esprit. C’étaient de grands théoriciens. Ils ont véhiculé  avec force et talent une idée philosophique, une vision de l’art. Eux mêmes n’étaient pas forcément des artistes , mais ils ont semé des graines qui se sont transformées en art dans certains esprits. Ils ont été des inspirateurs puissants.

Difficile de juger la qualité de l’art abstrait

Contrairement à l‘art figuratif que l’on peut comparer aux modèles à représenter , l’abstrait , par définition, ne ressemble à rien de matériellement reconnaissable. Il est donc facile pour certains, peut-être même en toute bonne foi, de vouloir se faire passer pour des artistes sans chercher à approfondir. Seulement, ils passeront toujours pour des peintres du dimanche ou des barbouilleurs s’ils ne se plongent pas avec passion dans la matière en expérimentant encore et encore pour en percer le secret. Et un jour, le secret se dévoile à toi dans toute sa merveilleuse évidence.

Parfois, des barbouilleurs cherchent à profiter de la naïveté et du manque de connaissance des gens. En fait, ce n’est pas l’art qui les intéresse, mais l’éventuel profit qu’on pourrait en tirer. Ils savent pertinemment qu’ils font n’importe quoi.

Or, une mauvaise peinture restera mauvaise et il n’y aura pas de grande satisfaction même  pour eux dans ce genre d’activité. Malheureusement, cela nuit beaucoup à l’image et à la réputation de l’art abstrait. Du coup, l’art contemporain est  souvent associé à  cette image médiocre et chaotique.

L’art abstrait devient un « bricolage pour tous »

En conséquence, l’image de l’abstrait, pour le commun des mortels, c’est donc  simplement du grand n’importe quoi.

Le pire c’est que quand on considère ces peintures là, ils n’ont pas tort, c’est souvent n’importe quoi et n’importe qui pourrait le faire. Tu balances des pots de peinture sur une toile et tu touilles. Fini. Sur internet, on trouve même des tutoriels de barbouillage sous des titres du genre « Faire un tableau abstrait en 5 mn ». C’est un peu comme une recette de cuisine à deux balles. On ne choisit pas bien les ingrédients, on ne respecte pas l’harmonie des masses et des couleurs, on barbouille au hasard. Ce genre de peinture tient plus du bricolage et peut-être , avec un peu de chance, de la déco que de l’art. C’est dommage de détruire ainsi l’image d’une expression qui vient des profondeurs du soi, tout en subtilités et en vibrations , car c’est une forme d’art qui mérite vraiment sa place dans le monde artistique.

Une oeuvre construite

Une oeuvre abstraite doit être tout aussi bien pensée, réfléchie, méditée, composée et ressentie qu’une oeuvre réaliste, parfois même plus. Elle se fait parfois en quelques instants sur un coup de génie, parfois sur plusieurs semaines ou mois. Elle ne reproduit pas une image vue, mais elle traduit une émotion . Il ne s’agit donc pas de tartiner n’importe quelles couleurs ensemble dans n’importe quel ordre pour avoir un réalisé un « tableau abstrait ». Ce serait trop simple et trop triste.

Certains affirment donc qu’il est facile de faire de l’art abstrait. Ils se lancent dans l’aventure. Il n’y a rien de blâmable à cela, au contraire. L’art étant un merveilleux moyen d’expression, chacun est en droit de le pratiquer. Le problème est juste qu’ils n’ont parfois rien compris à la démarche. Ils confondent bricolage et techniques de peinture murales ou décorative avec la peinture artistique qui vient des tripes. Ils peignent des barbouillages désordonnés, sans chercher à approfondir, sans émotion.Tout reste superficiel et brouillon.  Là encore, il n’y a pas de problème. Chacun peut avoir envie de peindre, que ce soit abstrait ou figuratif et de s’amuser avec de la couleur. C’est même un merveilleux passe temps, mais de grâce, ne parlons pas d’art! C’est du barbouillage créatif.

Le problème, c’est la vente

Le problème de ces barbouillages, c’est quand ces peintres amateurs présentent leurs travaux dans des expositions à des prix beaucoup trop élevés , comme s’il s’agissait de chefs d’oeuvres. Cela fausse complètement la donne. C’est un peu comme si, dans un restaurant étoilé, on vous vendait à prix d’or une assiette de nouilles au fromage ordinaire en essayant de la faire passer pour de la grande cuisine. Certains marcheraient, bien sûr, pour ne pas avoir l’air de ne rien y connaître ou paraître médisants ( il est très mal vu de dire ouvertement ce qu’on pense, l’hypocrisie est devenue une vertu), mais se diraient en eux-mêmes: » en fait, n’importe qui peut être cuisinier dans un trois étoiles, même moi, je pourrais le faire ». Dans ce cas, ils auraient parfaitement raison.

Il était nu et ridicule

Vous connaissez l’histoire des habits neufs de l’empereur (lisez la ici)? Il n’y a rien d’étonnant à ce que la grande majorité de ceux qui voient ces soi-disant oeuvres d’art abstraites les trouvent ridicules, même s’ils n’osent pas le dire. Ils ont peur de paraître arrogants, de blesser ou de passer pour des gens « qui n’y connaissent rien« . En fait, ce sont eux qui sont dans le vrai, ils ne sont pas dupes, mais ça ne se fait pas de le dire. Ce sont malheureusement aussi ceux-là même qui propageront l’idée que l’art abstrait, c’est du grand n’importe quoi. Quant à ceux qui achètent des croûtes décoratives au prix de l’art, ils sont aussi ignorants et ridicules que l’empereur nu et ses lâches sujets .

Heureusement, la plupart des (bonnes) galeries savent faire la différence entre un barbouillage, même en grand format ( il y en a qui n’ont pas peur!) et une oeuvre abstraite de qualité. Pour former votre œil et vos ressentis face à de la bonne peinture abstraite, visitez les grandes galeries de renom et les expositions de qualité. Là, vous pouvez plus sûrement vous laisser aller à vos pulsions si vous souhaitez acquérir une oeuvre d’art digne de ce nom.

Vous pouvez acheter de la déco

Vous pouvez aimer les couleurs d’un barbouillage comme vous aimeriez n’importe quel autre objet décoratif, mais soyez assez clairvoyant et ne l’achetez pas au prix de l’art. C’est un objet décoratif, point. Visitez  les musées d’art moderne,  les vraies galeries. Laissez vous imprégner de l’esprit de l’art abstrait, formez-vous à ressentir et à reconnaître.

Je ne veux pas être méchante ni hautaine, mais c’est un fait; l’art abstrait a aussi ses règles qui suivent des critères d’esthétique et de composition. Or ces règles s’apprennent aussi. Un tableau abstrait sans harmonie de couleurs (positive ou négative selon ce que l’on veut exprimer) sans équilibre , sans partage des masses, est un amas de tâches, de gribouillages ou de flaques  informes sans aucun attrait ni message. Ces tableaux sont souvent fatigants à regarder, source de nervosité, parfois même de dégoût. On se lasse très vite de les avoir chez soi.

La peinture comme thérapie

Faire des traits désordonnés sans composition peut avoir un effet thérapeutique libérateur reconnu sur le stress et permet de canaliser son trop plein d’énergie ou d’émotions. Tout comme la boxe sur un coussin,  il a des vertus calmantes que je lui concède bien volontiers. Mais là, on ne parle pas d’art, on parle de peinture thérapeutique, d’extériorisation. Cela n’exclut pas que des artistes puissent naître grâce à cela, d’ailleurs, s’ils continuent à se former.

Autodidacte, pas imposteur

Un autodidacte n’est pas un gribouilleur qui fait toujours n’importe quoi. Il est un peintre qui ne passe pas par une école d’art académique. Il se forme par lui même ( du grec ancien « autodidaktos », qui s’instruit lui-même) par des recherches, des cours particuliers, des (vraies) formations en ligne, des visites dans les musées etc. Beaucoup d’artistes devenus célèbres étaient autodidactes. On  peut citer William Turner,  Francis bacon, Jean Michel Basquiat, Paul Cézanne, Hans Bellmer, Vincent van Gogh, Gustave Courbet…et bien d’autres.

Barbouiller n’importe comment, faire des taches ou des traits partout, superposer des flaques sans réfléchir un instant ou se laisser guider, ça c’est n’importe quoi. En utilisant certaines techniques, le résultat de ces hasards peut même parfois être plaisant à voir, mais par pitié, qu’on ne parle plus d’ART ABSTRAIT pour qualifier ces flaques de hasard!

Regardez ce sketch des inconnus qui me fait mourir de rire et décrit bien la façon éhontée dont on certains soi-disant artistes se fichent du monde. Ce sketch exprime avec humour ce que beaucoup pensent sans oser le dire.

L’art abstrait éveille quelque chose en nous

Pour comprendre ce qu’est l’art abstrait, il faut faire comme on le fait pour l’art en général. Reconnaître un bon tableau d’un mauvais s’apprend , tout comme peindre un bon tableau. Ouvrez vos yeux et votre cœur, laisser les tableaux vous parler.

Un bon tableau abstrait exprime quelque chose et le fait ressentir. Contrairement à un tableau réaliste qui montre ce qu’il y a à voir, il n’y a pas d’explication dans l’art abstrait. Par les formes, par la composition, par la couleur, l’artiste traduit ce qu’il ressent et le transmet. À travers ses traits, ses couleurs, il exprime sa joie, sa colère, ses obsessions, ses rêves. Chacun peut y trouver ce qu’il y cherche. Si l’artiste a voulu y mettre une intention,  on peut la ressentir ou l’interpréter, mais en tout cas, ça bouge

Parfois, on a juste un plaisir esthétique. On est touché par la vibration du tableau, par l’équilibre de la composition, même si c’est inconscient. Car c’est cela aussi. Un bon tableau va jusqu’à l’inconscient et déclenche « un truc ». Ce n’est pas forcément violent, mais c’est là. Il y a « quelque chose ».

Un tableau abstrait doit avoir une cohérence esthétique et il traduit ou provoque une émotion.

Une oeuvre finie

En tant que peintre, il est bon de définir sa palette de couleur à l’avance, la forme, l’atmosphère générale du tableau. On va aller au fond de soi pour faire remonter ses émotions à la surface. On va ajouter des détails aux endroits choisis, l’enrichir de lazures ou glacis pour faire vibrer les couleurs, le continuer jusqu’à sa finalité, le finir vraiment. Le tableau doit donner l’impression qu’il ne manque plus rien, qu’il est « rond », même s’il est très minimaliste.

N’importe qui peut faire un tableau abstrait? Oui, avec du temps, de l’experience, pas du jour au lendemain.

Par contre, c’est vrai,  n’importe qui peut barbouiller une toile pour en faire soit une croûte infâme, soit une image sans intérêt ou stressante, soit un exercice de géométrie scolaire. Bref, n’importe qui peut effectivement faire n’importe quoi.

Un art différent

Cependant, tout s’apprend et même un artiste de talent doit d’abord faire « ses gammes ». Visitez le plus possible d’expositions d’art contemporain.  Étudiez les oeuvres abstraites dans les musées avec un coeur  et un esprit ouverts.  Alors, Vous vous rendrez  compte que ces peinture-là sont différentes. Elles ont un petit quelque chose en plus qui font qu’on s’y attarde. Parfois, c’est l’harmonie et l’équilibre des plages de couleur qui est exactement comme il faut qu’elle soit pour que celles ci se répondent entre elles et vibrent

catalogue d'idées
Mark Rothko
Art abstrait
Mark Rothko

Ou bien, c’est un endroit dans le tableau où est placée la partie forte qui attire l’oeil et le captive.

Art abstrait
Révolution intérieure
Kandinski

Parfois, c’est un  désordre voulu et choisi , mais équilibré, pour provoquer une réaction mentale ou émotionnelle chez le spectateur.

Art abstrait
K. Malevitch

Parfois, aussi, c’est  une forme de laideur intentionnelle pour traduire  et provoquer une forte réaction.

Art abstrait
Hans Hartung

La répartition équilibrée des masses sur la surface de la toile, le choix des couleurs, le choix du format, la forme du trait, tout cela est pensé et réfléchi par un cerveau en ébullition créative et un subconscient hyperactif.  Même si cette réflexion se fait à la seconde même qui précède la trace du pinceau ou du moyen choisi, elle est réelle.

En art abstrait, un tableau a aussi un sens voulu par l’artiste

C’est aussi la raison pour laquelle un tableau abstrait peut perdre tout attrait émotionnel ou esthétique s’il n’est pas accroché dans le sens que le peintre a choisi de lui donner. C’est déjà arrivé dans certaines galeries et c’est terrible. D’un seul coup, les masses peuvent s’alourdir. Les couleurs perdent la cohérence de leur association. Le tableau passe alors de génial à …oui…bof…j’en ferais autant… et perd tout intérêt. Imaginez un tableau réaliste  accroché à l’envers…

Cependant, il arrive que l’artiste lui-même change plusieurs fois son travail de sens au cours de son exécution. Il devient donc parlant dans n’importe quelle position et la gêne dont je parlais plus haut n’existe plus. Dans ce cas, la composition est voulue ainsi et la cohérence est respectée.

Juste un exemple

Regardez ce tableau de Miró dans son incroyable simplicité (qui en fait toute la richesse). On a l’impression que n’importe qui pourrait en faire autant? Copier, oui, peut-être, mais créer! 🤔 . Le rouge vibre comme un néon. Le fond bleu est riche de structure.  Les taches noires, bien ancrées sur leur ligne, semblent se mouvoir avec légèreté vers leur but matérialisé par le puissant trait rouge. Il y a un net mouvement vers la gauche, puis vers le haut. Malgré sa simplicité, on est touché par la dynamique qui se dégage de cette œuvre.

art abstrait
Miró

Regardons maintenant ce tableau à l’envers

art abstrait
Même tableau à l’envers

Le mouvement a disparu,  bloqué par le rouge qui s’inscrit en barrière . Plus aucune légèreté. Les tâches bombées vers le bas donnent l’impression qu’elles sont lourdes et vont tomber. La courbe qu’elles décrivent n’est plus cohérente. Le tableau semble « faussé » et a perdu son équilibre.

Voilà. J’espère vous avoir donné envie de découvrir l’art abstrait dans ce qu’il a de plus noble et de peindre de façon abstraite avec vos tripes ( cet article vous aidera peut-être). Allez lancez vous dans l’incroyable aventure de la peinture abstraite, mais faites le sérieusement, avec passion, avec vos émotions. Avec le temps, la pratique et beaucoup de travail, vous découvrirez un monde extraordinaire de richesse.

Ne dites plus que l’art abstrait c‘est du grand n’importe quoi, partez à la découverte, vous ne le regretterez pas.

peinture émotionnelle

Peinture émotionnelle pour trouver son style

Contrairement à ce qui est souvent dit, la peinture émotionnelle n’est pas forcément une peinture libérée de toute technique et de toutes règles. En tout cas , pas si on a l’ambition de faire de la peinture artistique.

Il y a la peinture émotionnelle thérapeutique . Celle-ci  ne cherche pas à faire de l’art, mais à libérer ses émotions sur une toile pour extérioriser une douleur ou un problème. En fait, celle ci peut complètement se passer de bases techniques.

  Ce qui nous intéresse ici, c’est la peinture émotionnelle artistique. C’est une forme de peinture qui est portée par  l’émotion intérieure, mais qui exige un minimum de connaissances techniques . Mieux on maîtrise les diverses techniques artistiques, moins on aura besoin de réfléchir au « comment » et plus grandes seront les chances de créer des images pleines d’émotion, mais qui seront également belles et intéressantes à voir.  Car la peinture émotionnelle est à rapprocher, dans son concept, de l’écriture automatique. Nul ne pourrait pratiquer l’écriture automatique sans maîtriser parfaitement l’alphabet, la formation des mots et leur place dans la phrase.

Le temps s’envole

Tu as commencé un tableau. Et puis le temps s’est envolé. C’est toujours comme ça quand on est absorbé dans une activité créative. As- tu peint pendant une heure, trois heures? En fait, tu ne pourrais pas le dire.  Ce phénomène intervient parce que, volontairement ou pas, tu as quitté l’espace temps. Tu as fait le vide dans ta tête. Tu as alors glissé sans t’en rendre compte dans un niveau de conscience parallèle. Ta peinture n’a plus été guidée par ton intellect, mais par ton ressenti…et le plus drôle, c’est que tu ne t’en es même pas vraiment rendu(e) compte.

  Tu es passé du diktat étouffant  de la peinture académique à la liberté totale de la peinture émotionnelle. La peinture académique t’ impose des règles bien précises, te force à réfléchir à l’association de couleurs, aux proportions justes, à la composition, à la perspective, à la règle d’or etc…La peinture émotionnelle te permet d’être toi, sans limite, sans chaînes, mais en utilisant inconsciemment tout ce que tu as appris.

 

Apprendre à peindre sans sa tête

Peut-être que toi-même n’as pas encore eu accès à cette expérience. Peut-être ne maîtrises-tu pas encore assez les règles de base de la peinture pour qu’elles soient devenues instinctives.  Pas de souci car cela s’apprend. Tout s’apprend avec un peu de volonté et beaucoup d’enthousiasme et de passion.

D’abord, bien sûr, il te faudra donc avoir des bases. Ces bases, tu les auras acquises par l’ exercice répété des techniques indispensables. Tu as fait une école, pris des cours, lu des livres. Ne cherche surtout pas à faire un chef d’oeuvre à chaque fois que tu attrapes un crayon. Entraîne toi encore et encore.

Avoir la force de jeter

Prends n’importe quel bout de papier, lorsque tu en ressens l’envie, et entraîne-toi. Peu importe le motif. On ne cherche pas à faire une oeuvre d’art, mais à  avancer dans son expérience. Chaque exercice de perspective sera meilleur que le précédent, parce que tu auras assimilé un élément supplémentaire. Chaque dessin sera mieux fait car, sans même t’ en rendre compte, tu apprendras forcément de tes erreurs. Gribouille, griffonne,  teste , expérimente. Tu vas te  rendre compte que ce qui te paraissait si complexe s’éclaire d’un seul coup, que ton trait s’affermit. Ta confiance en toi grandit à chaque étape.

Le motif est sans importance. La phrase que j’entends souvent : » j’aimerais bien dessiner, mais je ne sais pas quel sujet choisir » n’est en fait qu’une façon déguisée de procrastiner. De là où tu êtes actuellement, dessine ce que tu vois. Tu es dans ta chambre et as vue sur une commode? ou sur un lavabo? Dessine le lavabo. Il n’y a pas de mauvais motif pour apprendre. Et puis, un lavabo, ce n’est pas un objet aussi simple qu’il y paraît 😉 . Dans la cuisine,  il y a mille objets à dessiner. Tu es dans ton jardin? Entraîne-toi  à la perspective avec un coin de la maison. Ton chat dort à côté de toi? Vas-y. C’est un modèle parfait. C’est en dessinant qu’on apprend à dessiner.

Tu trouves votre dessin moche ? On s’en fiche, jette-le. Le prochain ( si tu n’attends pas 6 mois, et même là…) sera mieux, c’est certain.

Prends des notes

peinture émotionnelle
carnet de notes

Tu veux accorder les couleurs entre elles? Eh bien,  regarde dans la nature. Elle ne fait pas d’erreurs d’harmonies. Prends des notes.

Des bleuets dans un champ de blé, c’est joli.  Note le doux contraste du bleu intense et du vert jaune. Fais une petite carte au crayon de couleurs ou à l’aquarelle pour noter cette harmonie ( et si tes crayons de couleurs n’ont pas la bonne teinte, n’oublie pas que tu peux l’obtenir par superposition) Des coquelicots y poussent aussi? Note le contraste puissant du rouge vermillon et du bleu profond.

Décline les bruns, jaunes et rouilles de l’automne. Les gris font chanter les couleurs des bonnets de laine, du ciel et des plumes colorées des passereaux en hiver. Les couleurs vitaminées des fleurs de l’été associées entre elles,  à la verdure et aux couleurs du ciel enrichiront encore ta collection de cartes. La pâleur encore hésitante du printemps qui s’annonce  t’offrira aussi de nouvelles harmonies. Garde les yeux ouverts, observe, note. Quelles sont les couleurs qui s’aiment? quelles sont celles qui se battent?

La peinture émotionnelle

C’est un peu comme certaines pratiques de yoga ou de méditation. La peinture émotionnelle peut s’apparenter aussi à l‘écriture automatique, qui consiste à transcrire sur le papier tout ce qui nous passe par la tête sans aucun filtre.

Faire le vide dans sa tête. Comment passer d’un état de pleine conscience en une sorte d’état second. Comment passer de l’ acte volontaire de peindre un motif académique,  à une transcription émotionnelle intense de son soi intérieur. En un mot, comment faire de la peinture émotionnelle. C’ est ce que j’ aimerais te transmettre ici.

Je ne veux pas dire par là qu’il faille effacer le disque dur, au contraire :). Nous ne mettons pas notre cerveau en sourdine. Nos pensées restent présentes. Nos idées fourmillent. Nous avons besoin de notre vécu, de nos expériences.

Le plus grand secret des grands peintres

On ne te l’a jamais dit, n’est ce pas? Et pourtant, c’est cela, le secret des plus grands peintres.

peinture émotionnelle
Ah, mais c’était donc ca!

Les meilleurs peintres, les plus reconnus, ne sont pas ceux qui reproduisent  à la perfection ce qu’ils voient dans leurs toiles, ceux qui maîtrisent la technique sur le bout des doigts. NON!  Ce sont ceux qui se libèrent de leurs pensées limitantes en mais laissant transparaître une grande partie d’eux-même. C’est pourquoi les tableaux de van Gogh, Picasso , Cézanne, Miró etc… nous touchent tellement plus qu’une peinture parfaite et quasi photographique. La perspective est souvent plus qu’aproximative, les formes distordues, mais les tableaux vibrent et nous transmettent quelque chose qu’on ne peut pas vraiment traduire par des mots. Ils débordent d’authenticité, de puissance créatrice. Ce résultat ne peut être obtenu que dans la peinture émotionnelle.

Faire le vide dans sa tête

Faire le vide dans sa tête, c’ est en fait se mettre dans un état de semi-conscience tel que celui où on plonge lorsqu’ on est en état d’ hypnose. On est physiquement là, capable d’ agir. On voit et on vit ce qui se passe autour de nous, on peut tout entendre, mais la conscience est décalée. En réalité, on agit consciemment, mais comme guidé par une main invisible. Cette main, c’est notre subconscient.

C’ est un peu comme quand on fixe une bougie. On est dans le moment présent, mais les pensées vagabondent librement dans un monde parallèle.

C’ est une sorte d’ état méditatif, passage dans un état second. À ce moment là, c’ est magique. La main, les yeux agissent comme sous l’ emprise de directives inconscientes. La peinture prend le dessus. Ce n’ est plus toi qui peins, on ( ton toi intérieur) peint à travers toi. Il n’y a plus qu’à se laisser aller et exécuter. C’ est ton toi  subconscient qui prend les commandes. Et là, magie!

Intérêt de la peinture émotionnelle

En quoi est-ce intéressant pour nous de passer à la peinture émotionnelle ?  En fait, je crois que c’ est fondamental pour sortir d’ un académisme rigide. Nous avons appris à dessiner des formes, à associer des couleurs, à respecter des perspectives, la répartition des masses, la composition. Tout cela est important et bien engrangé quelque part dans notre cerveau. Cela va pouvoir ressurgir au moment voulu.

Beaucoup de personnes se demandent pouquoi quelqu’un comme Picasso, par exemple, qui sait si bien dessiner, se met d’un seul coup à déformer les corps et les visages. En réalité, c’est là le véritable passage à la peinture émotionnelle, la naissance du VRAI Picasso.

Certes, il se peut que la perspective change, que les couleurs ne correspondent plus à la réalité environnante. Il se peut que les formes s’ allongent (Modigliani)

peinture émotionnelle
Modigliani

se superposent (Braque),

peintur émotionnelle
Braques

se contorsionnent ( Picasso).

peinture émotionnelle
Picasso

Il est possible aussi que les couleurs vibrent autrement ( Franz Mark),

peinture motionnelle
Franz Mark

que les accords se disputent ( Edvard Munch),

peinture émotionnelle
Munch

ou que tout ne soit plus qu’ harmonie ( Cézanne).

peinture émotionnelle
Cézanne

Les perspectives vont peut- être devenir un peu irréelles, déformées ( van Gogh), exagérées

peinture émotionnelle
van Gogh

ou les contours trop marqués (Buffet)

peinture émotionnelle
Bernard Buffet

Les formes deviennent géométriques ( Delaunay)

peinture émotionnelle
S. Delauney

ou organiques ( Mirò)

peinture émotionnelle
J. Miró

Tout cela n’a aucune importance, au contraire!

Tu vas trouver ton style

En réalité, on ne sait pas soi- même à l’ avance ce qui va se passer. Ce qui est sûr, c’ est que quelque chose  va sortir de toi et que ce quelque chose va devenir récurent tableau après tableau. C’ est ce qu’ on va appeler ton style personnel. Tu ne pourras plus faire autrement.  Ce sont les caractéristiques de  ta peinture, de ta pâte qui vont transparaître. C’est ce qui va rendre ta peinture absolument unique. Ce sont ces caractéristiques bien particulières qui font que, rien qu’ en regardant un tableau, on puisse se dire  » c’ est un Picasso » ou « c’ est un van Gogh ». C’ est la peinture émotionnelle qui  permet ça, parce que c’ est une partie de toi que tu y dévoiles.

Ne pas reproduire

Un des grands secrets de la peinture émotionnelle est qu’ elle ne cherche pas à reproduire la réalité photographiquement, mais à faire vibrer le sujet quel qu’il soit. Certes, la reproduction fidèle et hyper détaillée de la nature, des paysages ou des objets qui nous entourent est formidable pour apprendre, pour comprendre, mais elle n’a pas d’âme ( je sais qu’avec cette phrase, je ne vais pas me faire que des amis).

Comment arriver à cet état ?

C’ est très difficile à transmettre parce que c’ est une expérience individuelle.  Certains y parviennent grâce à la musique, d’ autres par la respiration. Pour moi, c’ est le silence. Même s’ il y a des bruits à l’ extérieur, le silence se fait au fond de moi. Ce silence se pare des couleurs que j’ avais choisies auparavant. Puis tout se fait comme si c’ était une évidence. Le temps ne s’ écoule plus en heures ni en minutes ;  on est hors du temps.

Mets une musique que tu aimes. Prépare les couleurs de base de ce que tu as plus ou moins dans l’idée. Plonge dans ta musique et ne te force à rien. Laissez toi porter.

Tu n’y arriveras sans doute pas dès la première fois

Pour certains d’entre vous, ce sera immédiat, mais il faut reconnaître que c’est l’exception. Pour d’autres, le lâcher-prise sera plus dur. Ne te désespère pas, n’abandonne pas. Le jeu en vaut largement la chandelle. Les êtres humains sont tous différents. Teste aussi plusieurs approches ( musique, lecture inspirante, images que tu aimes, silence intérieur, film, méditation etc.) et vois ce qui te convient le mieux.

Depuis que j’ ai  glissé de plus en plus facilement dans ce monde de liberté créative, la peinture abstraite s’est imposée dans ma vie. Et c’est ainsi que sur la toile se transmettent les émotions telles un sismographe. La peinture émotionnelle peut tout à fait aussi s’appliquer à des techniques figuratives telles que les ont peintes les impressionnistes, expressionnistes, dadaistes et bien d’autres.

Attention, je ne peins pas avec la ferme intention de montrer mes émotions. Là, de nouveau, ce serait artificiel, « voulu ». La peinture émotionnelle, c’est la liberté totale. Je peins, c’est tout. Ne cherche pas à analyser tes tableaux pendant que tu les fais, le charme serait rompu ( et d’autres se feront un plaisir de les analyser pour toi plus tard 😉 ) . Donc, pas de contrainte, pas de forcing, juste un laisser faire serein.

Certains pensent arriver plus vite à cet état d’abandon en prenant des substances hallucinogènes, alcool ou autres drogues. Je le déconseille fortement. Certes, la dissociation se fait, mais elle ne sert malheureusement à rien. En plus de se ruiner la santé, le résultat final est presque toujours  lourd, brouillon et sali. Il est la plupart du temps une grande source de déception, voire de désespoir pour certains. Il est inutile de risquer sa santé pour obtenir un état qui nous est offert naturellement avec un peu de patience et d’entraînement. Un jour, ça vient d’un seul coup, tu vas voir.

À toi de tester la peinture émotionnelle

Et quand tu seras parvenus à cet état d’abandon confiant, tu me diras ce que ça a éveillé en toi 😉

à bientôt pour un prochain article

Ariane

 

Pinceaux

Les pinceaux et leurs diverses utilisations

pinceaux

Les pinceaux sont bien évidemment depuis toujours un des outils les plus indispensables pour faire un tableau. C’est grâce à eux que nous allons déposer la peinture sur notre toile, dessiner les contours, remplir des surfaces, faire des dégradés, des empâtements ou des glacis. Mais de quels pinceaux avons nous besoin et pourquoi faire? Suivant leur forme, la longueur ou la fermeté de leurs brosses, ils auront des fonctions complètement différentes les unes des autres. Le pinceau est le prolongement de notre main. Suivant l’usage qui lui est destiné, on ne le tient pas toujours de la même façon.

Ici, je vais me limiter aux pinceaux utilisés pour la peinture à l’huile et l’acrylique parce que c’est quand même mon rayon 😉

Pinceaux
Pinceaux divers

Le pinceau étant l’outil le plus utilisé en peinture, donc, il en existe une très grande variété sur le marché et à tous les prix. Il peut même dans certains cas devenir un véritable objet de luxe, mais pour débuter, si c’est ton cas, ce serait totalement superflu.

Cependant, contrairement à certaines idées reçues, avoir de bons pinceaux est très important. Ils vont  faciliter le travail en le rendant plus agréable. Le fait se laisser porter par son inspiration au lieu d’être obligé de recharger son pinceau en permanence, de retirer les poils qui s’échappent sur la toile, de refixer la virole ou de ne pas l’avoir bien en main contribuent aussi grandement à la bonne qualité d’une oeuvre. Avoir l’esprit libre de toute contrainte technique permet de laisser couler librement le flux de la créativité. C’est très important.

Donc, même s’il est évidemment possible de peindre avec des mauvais pinceaux achetés dans des magasins de bricolages et étant destinés à des travaux de rénovation ou de décoration, ni le plaisir, ni la liberté d’esprit, ni la fluidité du mouvement ne seront  les mêmes. L’inspiration sera souvent interrompue par d’énervants petits détails techniques et cela jouera malheureusement sur le résultat final. Un bon ouvrier doit travailler avec de bons outils, un bon peintre avec de bon pinceaux.

Les différentes sortes de pinceaux et leurs utilisations

Pour l’huile et l’acrylique

En règle générale, on utilise pour l’huile et l’acrylique des pinceaux assez rigides. Le poil doit être assez rigide pour pouvoir manipuler la couleur en pâte de façon contrôlée, mais sans être raide. Grâce à lui, on va la placer à l’endroit exact désiré. Cette relative dureté permet aussi de modeler dans l’épaisseur de la peinture et lui donner une direction. Les meilleurs exemples et les plus explicites sont les tableaux de Vincent van Gogh.

Pinceau
le modelage du pinceau suit et souligne les formes

Ces pinceaux peuvent être fabriqués soit à partir de soies de porc, soit en fibres synthétiques. Il existe de très bons pinceaux dans les deux catégories. À la fois rigides et souples, ils permettent une bonne maîtrise à l’application.

Le manche doit être assez long pour pouvoir te permettre d’avoir une distance confortable entre la main et la virole (partie métallique du pinceau), mais aussi entre la toile et toi. Ne pas avoir le nez collé sur sa toile est beaucoup mieux ;).

Cela te permettra aussi de garder une bonne souplesse du bras et du poignet indispensable dans les courbes.

pinceaux
pinceau à manche long

Les brosses plates courtes pour des bords nets

Pour faire des bords nets et droits, les pinceaux les plus appropriés sont ceux qui ont des brosses plates et courtes. Le bout est droit.

Pinceaux
Pinceaux plats et courts

Ils retiennent bien la peinture et se laissent facilement guider. Leur bords bien droits permettent de faire des lignes précises et le bout carré de commencer exactement à l’endroit prévu. Ils autorisent des touches appuyées et puissantes.

Des brosses plates longues pour les glacis

Pour les glacis (article ici) ou pour pouvoir recouvrir des surfaces assez grandes, on choisira plutôt des pinceaux plats à poils longs.

pinceaux
Des poils plus longs pour les aplats et les glacis

Ils retiennent encore plus de couleur. La longueur du poil donne une bonne souplesse, mais sans trop. Ils restent cependant tout de même assez rigides et bien contrôlables. Ils ne craignent pas les touches longues et appuyées. Les poils reviennent toujours dans leur position initiale en fin de course

Les pinceaux ronds pour les contours

Cette sorte de pinceau est destinée à faire les contours souples. Grâce à leur pointe, ils permettent aussi d’aller dans les détails, mais sans trop.

Pinceaux
Pour les contours et les détails

Ils doivent avoir une bonne épaisseur, être droits et se terminer en pointe. Il est recommandé de ne pas trop appuyer dessus sous peine de voir les poils partir en éventail et les pointes s’émousser.

Les « usés-bombés » pour des bords flous

Les pinceaux dits  » usés-bombés » sont épais à la base et se terminent en une pointe de forme ovale. Ils reproduisent la forme d’un pinceau plat qui aurait tellement été utilisé qu’il en serait usé. Ils sont destinés à faire des bords qui doivent rester un peu flous. Par leur côté ventru, ils retiennent pas mal de couleur et permettent de faire d’assez longs traits. Comme pour les pinceaux plats, ils existent à poils courts et à poils longs

Pinceaux
Plats et ovales pour des bords flous

Les pinceaux en éventails pour les textures spéciales

Ces pinceaux à la forme si particulière servent à créer des textures spéciales ( fourrure, feuillages, veines de bois,…), mais aussi et surtout à adoucir les bords ou les passages d’une couleur à l’autre. On les utilise souvent à sec ou presque. Le mouvement que l’on fait en travaillant avec est très léger comme celui d’une caresse. Il ne faut pas travailler en écrasé avec ce type de pinceaux, ils supportent très très mal. De même qu’il ne faut pas les charger beaucoup en peinture. Ce sont des ailes de papillon à manier avec la plus grande délicatesse

Pinceaux
Pour adoucir les bords

Des brosses souples et plates pour les glacis importants

Plus la peinture est liquide, plus les pinceaux devront être souples (pas mous) et les poils fins pour permettre de retenir une grande quantité de couleur. Donc, pour les glacis, ou pour les jus, même si on peut aussi utiliser les soies de porc, on va plutôt choisir des pinceaux droits, donc,  mais bien plus  souples et larges et assez longs. On pourra ainsi sans mal recouvrir bien uniformément des surfaces importantes

pinceaux
pinceaux plats souples à glacis

Meilleur sera le pinceau, plus grand sera le plaisir de peindre, certes, mais un débutant pourra se contenter au commencement de son apprentissage d’une qualité moyenne . Mais attention, je ne parle pas de mauvais pinceaux!

Pinceaux
Pinceaux

Car au début, il ne faut pas se le cacher, on fait malheureusement beaucoup d’erreurs de tenue, de pression, de nettoyage et les pinceaux s’usent vite, trop vite. Il serait alors vraiment dommage de détruire un pinceau très cher en peu de temps. Au commencement, les gestes ne sont pas encore d’une grande précision et la tenue du pinceau pas encore maîtrisée. Le pinceau risque de souffrir et de perdre toutes les qualités qui en fait un très bon pinceau pour devenir inutilisable . Il est donc plus raisonnable de ne pas taper tout de suite dans la gamme de luxe et de changer ses pinceaux plus souvent. Il existe d’excellents pinceaux pour débuter, à des prix tout à fait abordables. Ils dureront certes moins longtemps, mais permettront de les renouveler plus souvent.

Alternatives aux pinceaux

En plus des pinceaux, il est possible d’utiliser un grand nombre d’autre outils pour peindre. Il y a les couteaux pour modeler dans l’épaisseur ou mélanger les couleurs sur la palette

pinceaux
couteaux à peindre

les truelles pour étaler, gratter, rayer,

pinceaux
truelle à peindre

les éponges que l’on utilise comme des tampons ou pour la technique des pochoirs, les  bouts de tissu, les doigts ( avec des gants), les mains,

ou même le corps entier ( comme le faisait Yves Klein)

pinceaux
des corps humains comme supports de peinture

Il y a aussi tous ces objets que tu trouveras par ci par là et qui te donneront des idées pour créer des structures ou faire des effets spéciaux, mais ça, c’est un autre chapitre.

Pour ce qui est des pinceaux fins et très pointus, je ne les conseille pas. La peinture sur toile n’est plus censée représenter la nature ou les humains dans tous les détails. La photo a pris le relais au début du 20ème siècle. Trop de détails nuisent à la spontanéité et rendent  le résultat raide et coincé. Se noyer dans les détails nuit à la qualité d’un tableau au lieu de l’améliorer. C’est difficile, mais il faut savoir s’arrêter. Ne pas posséder ce genre de pinceaux est tout simplement le meilleur moyen de ne pas tomber dans ce travers si prisé des débutants, justement.

Et c’est ainsi que se termine ce petit tour d’horizon des pinceaux et de leurs utilisations. S’il t’a été d’une quelconque utilité, je t’invite à me le dire dans un petit commentaire en bas de la page.

À bientôt pour le prochain article